
Le Groupe de travail sur la santé des migrants dans la région MENA a publié les résultats d’une étude qualitative examinant les facteurs influençant la vaccination au sein des populations migrantes. Menée sur plusieurs sites au Maroc, cette recherche met en évidence une série d’obstacles individuels, sociaux et systémiques entravant l’accès aux services de vaccination pour les enfants et les adultes.
Bien que tous les participants à l’étude aient eu droit à des services de vaccination gratuits et aient exprimé leur confiance dans les vaccins infantiles de routine, beaucoup ont signalé des difficultés liées à l’accès, à l’information et à la continuité des soins. L’équipe de recherche a réalisé des entretiens approfondis avec 23 migrants (dont 65 % de femmes) et 8 professionnels de santé dans les villes de Rabat, Agadir et Oujda. Si les aidants exprimaient généralement une forte confiance dans la sécurité et les bienfaits de la vaccination infantile, des obstacles pratiques – tels que les démarches administratives, les difficultés linguistiques et un manque d’orientation – ont été identifiés comme des freins à la vaccination.
La vaccination des adultes était quant à elle nettement moins répandue. De nombreux participants ignoraient l’existence de vaccins disponibles pour les adultes, en dehors de ceux contre la COVID-19 et le tétanos, et plusieurs ont exprimé des réticences ou une méfiance, en particulier envers les vaccins récents. Ces attitudes étaient souvent influencées par la désinformation et l’absence de communication claire et adaptée à la culture des publics concernés.
Les professionnels de santé interrogés ont souligné que les vaccinations pour adultes et les rattrapages vaccinaux n’étaient généralement pas proposés de manière systématique aux migrants, principalement en raison de l’absence de vérification régulière de leur statut vaccinal en soins primaires. Migrants comme prestataires ont insisté sur la nécessité de renforcer la communication interpersonnelle, de fournir des informations de santé multilingues, et de renforcer le rôle des organisations communautaires dans la sensibilisation et l’accès aux soins.
“Cette étude confirme ce que beaucoup soupçonnaient depuis longtemps : l’accès seul ne suffit pas. Pour accroître la couverture vaccinale des migrants, nous devons instaurer la confiance, améliorer la communication et lever les barrières quotidiennes qui les empêchent de se faire vacciner”, a déclaré Ana Requena, responsable du Groupe de recherche sur la santé des migrants à l’ISGlobal et coordinatrice du projet MENA Migrant Health financé par la Fondation “la Caixa”.
Les résultats soulignent la nécessité d’approches adaptées pour la prestation des services de vaccination, qui tiennent compte des besoins spécifiques des populations migrantes, notamment des sous-groupes difficiles à atteindre. Cela implique d’améliorer l’accès aux vaccins pour adultes et aux vaccins de rattrapage, de renforcer la coordination avec les partenaires communautaires, et de doter les prestataires de soins des formations et outils nécessaires pour interagir efficacement avec des populations diverses.
“Bien que l’étude ait été menée au Maroc, les défis qu’elle met en évidence sont communs à l’ensemble de la région et ont des implications plus larges pour la santé des migrants dans tout le Maghreb et la région MENA”, a ajouté Stella Evangelidou, chercheuse à l’ISGlobal et coordinatrice scientifique du projet MENA Migrant Health. “Ces résultats devraient nourrir les efforts visant à combler l’écart entre le droit à la vaccination et la réalité de son utilisation parmi les migrants – une étape essentielle pour atteindre les objectifs mondiaux de vaccination”, conclut-elle.
Référence: Oumnia Bouaddi, Mohamed Khalis, Moudrike Abdellatifi, Farah Seedat, Anna Deal, Wafa Chemao-Elfihri, Bouchra Assarag, Hassan Chrifi, Nelly Chavassieux, Ibrahim M. Sorie Turay, Cédric Kané Gohi, Tarik Oufkir, Ana Requena-Méndez, Sally Hargreaves, Stella Evangelidou, Behavioural and social drivers of vaccination among child and adult migrants in Morocco: A qualitative interview study, Vaccine, Volume 56, 2025. https://doi.org/10.1016/j.vaccine.2025.127166.



