Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (MENA) font partie des régions du monde qui connaissent le plus grand nombre de conflits régionaux prolongés. Par conséquent, elle abrite de nombreux flux migratoires extrêmement complexes. En 2019, par exemple, 46 millions de migrants internationaux ont été recensés dans la région, dont un grand nombre de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays et la plus grande population de migrants forcés au monde.
La région se caractérise également par d’importantes inégalités en matière de santé, telles que des disparités dans l’accès et la qualité des soins de santé, ainsi que des différences dans l’incidence, la prévalence et la mortalité de diverses maladies.
Les efforts déployés récemment pour que tous les migrants soient inclus dans la stratégie de vaccination COVID-19 ont mis en lumière la situation critique de ces populations, qui sont souvent exclues et marginalisées des systèmes de santé. Plus important encore, elles sont souvent ignorées par les systèmes de collecte de données.
Cette incapacité à tenir des registres sur les migrants a entraîné, d’une part, un manque de données épidémiologiques sur les principaux problèmes de santé, tels que la prévalence des maladies, les épidémies et la couverture vaccinale, et, d’autre part, des difficultés dans l’élaboration des politiques et la prestation des services.
À l’heure actuelle, par exemple, il n’existe pas de données sur la morbidité et la mortalité liées au COVID-19 chez les migrants de cette région, même si nous savons que les migrants peuvent être touchés de manière disproportionnée par cette maladie en raison de divers facteurs de risque et de vulnérabilité (ils vivent dans des logements surpeuplés, occupent des emplois à haut risque, sont confrontés à des obstacles en matière d’accès aux soins de santé, etc.)
Pour illustrer cette situation, diverses études ont mis en évidence les lacunes dans l’accès aux soins de santé de la population migrante. Une étude portant sur les migrants au Soudan a révélé que seuls 47 % des enfants âgés de 12 à 23 mois étaient complètement vaccinés (notamment contre le BCG, la rougeole, le DTC, l’hépatite B et l’Haemophilus influenzae de type b). Toutefois, il est également vrai que des améliorations sont apportées, démontrant l’intérêt et les progrès réalisés pour combler ces lacunes. Par exemple, lors de son dernier recensement, la Jordanie a mis au point un formulaire d’information spécifique pour les non-Jordaniens, accélérant ainsi les efforts pour garantir que les réfugiés et autres migrants soient officiellement recensés afin qu’ils puissent être pris en compte dans les politiques de santé publique.
L’une des principales conclusions de la récente Commission UCL-Lancet sur les migrations et la santé est l’urgence de renforcer la collecte de données de routine sur la santé des migrants à l’échelle mondiale, dans le but ultime de définir des indicateurs clés pour faciliter la surveillance de la santé de ces populations.
Dans ce contexte, ISGlobal a créé un consortium international couvrant cinq pays (Espagne, Royaume-Uni, Maroc, Tunisie et Soudan), connu sous le nom de Migrant Health MENA Working Group, dans le but de collecter des données sur la mortalité et la morbidité dues aux maladies évitables par la vaccination et à d’autres maladies infectieuses clés telles que le VIH/sida et la tuberculose.
L’objectif de ce consortium est non seulement de sensibiliser à l’impact de maladies telles que la COVID-19, mais aussi d‘atténuer les effets négatifs du manque de données sur ces populations, données qui sont essentielles pour répondre à leurs besoins spécifiques en matière de santé.
Avec le soutien de l’Organisation internationale pour les migrations, le consortium développe l’outil Migrant Health Country Profile (MHCP-t) en collaboration avec des institutions et des chercheurs de sept pays (Algérie, Égypte, Libye, Maroc, Tunisie, Soudan et Yémen). Le MHCP-t est un outil numérique innovant capable de rassembler des données sur la santé des migrants (concernant plusieurs maladies et couverture vaccinale) au niveau national à partir de systèmes d’information sanitaire de routine. L’objectif de cet outil n’est pas seulement de collecter de meilleures données sur ces groupes mobiles de migrants, mais aussi de veiller à que l’information sur les inégalités en santé puissent se traduire par des changements significatifs dans la prestation de services et la politique de santé publique. Une autre priorité est de renforcer les capacités de recherche dans ces pays en créant un réseau de recherche sur les migrations et la santé et en encourageant les jeunes chercheurs de la région.
En tout état de cause, cet outil représente un réel progrès, mais il ne constitue qu’une étape dans la promotion de stratégies futures visant à garantir une inclusion significative des groupes de migrants dans les systèmes de santé et les stratégies de vaccination, avec des implications considérables pour l’ensemble de la région.



